Accompagner plus confortablement avec la systémique par le Dr François Balta

François-Balta chez Equilibrio
systemique Balta Equilibrio Nice

ACCOMPAGNER + CONFORTABLEMENT

AVEC L’APPROCHE SYSTEMIQUE

 

La formation, qu’elle soit collective ou individualisée, du moment qu’elle s’adresse à des personnes motivées, et qu’elle soit construite en fonction des compétences initiales des formés et par des formateurs eux-mêmes compétents, la formation donc ne présente pas de difficultés particulières. C’est-à-dire que le fait de la suivre aboutit à un résultat prévisible : le développement des compétences visées.

 

Par contre, les demandes de coaching, quand elles ne se rapprochent pas d’une formation individualisée, présentent nécessairement des aspects suffisamment contradictoires pour rendre l’accompagnement plus délicat.

 

Toute demande est contradictoire

En effet, lorsque quelqu’un souhaite un coaching, ou qu’on lui « demande » d’en bénéficier, il s’agit alors le plus souvent d’une situation de difficulté impliquant plusieurs personnes, et donc, dans cette difficulté attribuée à un seul se retrouvent condensées diverses visions de la situation, ainsi que des manières d’y faire face divergentes pour ne pas dire le plus souvent contradictoires.

Mais les contradictions ne sont pas qu’entre les participants de cette situation, elles sont « à l’intérieur » de chacun, entre un objectif de résolution de problème et des stratégies inefficaces, donc, d’un point de vue systémique, nécessairement co-constructrices de la situation non désirée : « si ce que je fais n’améliore pas les choses, c’est que ce que je fais soutient le problème lui-même, en se moquant de mes intentions. » Dure loi du fonctionnement des systèmes !

Cela ne présuppose aucune duplicité de la demande, aucune demande « latente », « cachée », « inconsciente », mais seulement un écart entre une intentionnalité et les résultats des actions qu’elle engendre, actions pourtant logiques du point de vue de l’acteur lui-même. Et lorsque cet écart se réduira, d’ordinaire en modifiant l’action pour qu’elle soit plus conforme aux intentions, il est bien possible que la demande, c’est-à-dire l’objectif, changera, se nuancera, en un mot, cette demande a le droit d’évoluer sans qu’il s’agisse pour autant de la révélation de quoi que ce soit de perversement caché.

 

L’accompagnant face à ces/ses contradictions

Comment le coach[i] peut-il tenir compte de cette situation initiale ? En quoi une posture qui tient compte de la lecture systémique de la situation peut-elle faciliter le travail d’accompagnement ?

Le coach va lui-même être aspiré dans les contradictions de la demande. Simplifions : d’ordinaire, dans une approche non systémique, le coach, une fois l’objectif défini, se met au travail pour qu’il soit atteint. Il en fait son affaire. Il soutient son coaché pour qu’il engage des actions efficaces, progressives qui, pas à pas, vont le rapprocher du but défini. Tout en laissant apparemment à son client le choix des solutions et l’initiative des mises en œuvre, le coach se sent co-responsable de la réalisation de l’objectif et, le plus souvent, si rien ne bouge alors que le temps passe, la pression monte chez le coach, et dans la relation avec son client… taxé alors de « résister » au changement qu’il demande pourtant.

Dans une vision systémique, le coach est responsable de son accompagnement, le coaché de son objectif[ii]. Le fait de se rapprocher ou non du but devient alors un feed-back qui informe le coach sur l’importance de l’écart dont nous parlions précédemment. Si l’on n’avance pas, c’est qu’il y a un obstacle à avancer ! Lapalissade certes. Mais où situer l’obstacle ? Mauvaise volonté ? Objectif caché ? Sabotage ? Résistance ? Incompétence ? (et de qui ?)… Rien de tout cela. Seulement l’apparition sensible d’inconvénients non pris en compte initialement, inconvénients liés à cet objectif qui semblait si désirable. Le monde est complexe. Tout le monde le sait aujourd’hui, même si le mot, à se banaliser, n’a plus pour la plupart d’entre nous de sens bien précis. Complexe, c’est-à-dire que chacune de nos actions interfère avec des dimensions hétérogènes, qui l’influencent aussi en retour, ou même avant leur déclenchement. La définition d’un objectif se centre sur un aspect d’une réalité qui implique beaucoup plus d’éléments que ce que ce but obnubilant ne peut retenir dans une démarche analytique… De plus, il y a très souvent confusion entre problèmes & causes & solutions & objectifs, qi ne sont que des mots que l’on peut coller à n’importe quel endroit de la situation… En somme, beaucoup de raisons de se retrouver dans des blocages. D’autant que chacun de nous, une fois l’idée d’une stratégie fixée, nous mettons beaucoup d’énergie à la mettre en route, et lorsque ça ne marche pas comme nous le souhaitons, nous pensons d’abord que nous n’en avons pas fait assez, et donc, nous refaisons plus de la même chose… qui ne marche pas mieux. Mais comment renoncer, sans désespoir, à ce qui nous semble si adapté à notre propos, c’est-à-dire à nos valeurs ?

C’est là que le coach est essentiel, et la méthodologie systémique indispensable. D’entrée de jeu, le coach systémicien se sera préoccupé des éventuels inconvénients qui pourraient apparaître dans le contexte de la solution envisagée. Ensuite, il aura toujours rappelé la nécessité d’une avancée prudente, à petits pas sensibles aux rétro-actions et aux dérangements intrapsychiques pour chacun qui se révéleront au fur et à mesure des changements, même les plus minuscules.

 

Une arrivée toujours gagnante pour tous

Le but du coach n’est pas d’obliger son client à atteindre son objectif coûte que coûte. Il est de créer un contexte dans lequel quel que soit le résultat, il y aura un bénéfice réel, et une responsabilité assumable :

– soit l’objectif de départ est atteint, avec un maximum de confort et un minimum d’inconvénients prévus et assumés

– soit, chemin faisant, l’objectif initial se sera révélé dangereux, ou inacceptable car incompatible avec les valeurs du client. Ce dernier sera en mesure de défendre son non changement et ses conséquences comme conformes à ses choix.

Le coach aura alors fait son travail d’accompagnant, qui, fondamentalement, est différent de celui de son client. Mais pour le faire, il lui faudra avoir réussi à concilier une vision centrée sur l’intérêt de la personne et pourtant élargie aux divers contextes qui la construisent, la soutiennent, et l’influence. C’est-à-dire qu’il lui aura fallu développer une compréhension réellement systémique, et pas seulement stratégique.

 

14 juillet 2014 © Dr François BALTA

[i] Qu’il soit bien clair ici que « le » coach ne préjuge pas du sexe, ou de l’identité de genre comme il est politiquement correct de dire aujourd’hui, de l’accompagnant. Cela recouvre tous les coachs possibles, indépendamment même de leur orientation sexuelle, de leur génotype ou de leur phénotype. Je suis personnellement las de redoubler tous les sujets il/elle et tous les adjectifs conjoints/conjointes et tous les substantifs plus ou moins inharmonieusement féminisés (auteure, professeure, directeure, chèfe, belge…)

[ii] Concernant les responsabilités de chacun dans la situation d’accompagnement on se réfèrera à « Moi, toi, nous… petit traité des influences réciproques » F. Balta, G. Szymanski, InterEditions, 2013.

Une réflexion au sujet de « Accompagner plus confortablement avec la systémique par le Dr François Balta »

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